Rassemblement des PVVIH à Parlons sida Kisangani


28-10-2013

De façon habituelle, les personnes vivant avec le VIH, bénéficiaires de Parlons sida Kisangani se rassemblent tous les lundis, quatre fois par mois, dans le cadre du suivi psychologique et spirituel, pour prier, partager la parole de Dieu, échanger sur leurs expériences de vie et de prise des médicaments ; leurs problèmes personnels et familiaux ; échanger sur plusieurs autres informations avec le personnel de PSK, notamment des nouvelles de celles qui sont absentes, malades, en déplacement ou en situation critique, etc.

Depuis une année, certains de ces rassemblements sont organisés de telle sorte qu’ils soient l’occasion de faire le point – bénéficiaires et membres du personnel ensemble – sur l’évolution de chacune des PVVIH ainsi que du travail de Parlons sida Kisangani. Le rassemblement du lundi 28 avril a été fixé pour cet exercice d’évaluation six mois après celle d’octobre 2013. Autant de PVVIH étaient présentes, plusieurs sont dites s’être déplacée en vue de chercher comment survivre en faisant un petit commerce ou un travail d’agriculture dans les villages.

Contrairement à la première évaluation où le partage des PVVIH était plus tourné vers l’accusation des autres, de la famille, de la société dont elles semblaient dépendre à tout point de vue mais qui ne semblaient pas répondre à leurs attentes ; au cours de cette deuxième évaluation, le partage a plutôt porté sur une sorte d’auto examen individuel dans cette société de plus en plus indifférente. En effet, si en octobre les PVVIH semblaient mettre la société, la famille et les anciens amis à la barre, cette fois elles se sont retrouvées elles-mêmes au centre de leur évaluation. En octobre 2013, les PVVIH se plaignaient d’être abandonnées à elles-mêmes ; elles se plaignaient de la faim (beaucoup de PVVIH prennent les médicaments à jeun par manque de nourriture) ; du dénuement dans lequel la maladie les a plongées ; du mauvais accueil dont elles sont l’objet de la part de certains prestataires de santé ; du rejet au niveau de la famille et du quartier ; du regard méprisant et dédaigneux de la part des personnes qu’elles croisent : en somme des problèmes ayant trait à la dépendance vis-à-vis du regard et du jugement des tiers selon qu’ils pouvaient leur apporter secours, leur être compatissant ou non. Ce 28 avril, le partage a semblé avoir changé d’angle. Un grand nombre de Personnes vivant avec le VIH, présentes à ce rassemblement, a semblé retrouver la centralité de leur personne dans l’amélioration de leur condition de PVVIH. Plusieurs ont souligné la nécessité du renforcement de leurs capacités humaines, économiques et du pouvoir d’achat pour briser le cycle de la dépendance et d’auto dévaluation. En effet, être PVVIH semble continuer à être synonyme de déchéance anthropologique, de pauvreté et de misère humaine. Pour beaucoup, être PVVIH rime encore avec dépendance en tout et pour tout, même en ce qui concerne la survie élémentaire comme la collation nécessaire pour la prise des ARV, un logement sain et un environnement salubre ; sans parler du poids des frais des ordonnances pour combattre les infections opportunistes ; des hospitalisations et même des examens de laboratoire déjà difficilement abordable pour la majorité de la population de la Province Orientale.

Nous pouvons nous réjouir à PSK que, grâce à un accompagnement spirituel et psychologique réguliers ainsi qu’à un appui financier pour des activités modestes génératrices de revenues, un certain nombre des bénéficiaires, aient acquis un certain niveau de conscience sur eux-mêmes. Cependant, il en est encore une bonne portion qui continue à cultiver une attitude de vouloir rester sous la dépendance, psychologiquement, de vouloir toujours rester l’objet d’assistance puisque, continuent-elles à penser, « nous tomberons toujours malades et nous serons toujours incapables de nous prendre en charge nous mêmes… »

Ce fait a été ouvertement remarquable sur les visages d’un certain nombre des PVVIH, lorsque le Coordonnateur de PSK a annoncé la suspension et « peut-être la fin imminente de la prise en charge médicale (des ordonnances médicales, des examens de CD4, de labo et autres ainsi que des hospitalisations) » pour des raisons liées à un manque d’appui financier conséquent depuis un certain nombre d’années déjà. On pouvait lire, avec peine dans l’âme, beaucoup de perplexité et de désolation sur les visages des PVVIH comme le jour où l’arche de l’alliance fut enlevée du milieu d’Israël !

Pour Parlons sida Kisangani, il s’est dégagé de toutes les échanges menées individuellement et en commun entre ces deux évaluations, que certaines PVVIH ont davantage besoin d’un suivi médical et psychologique plus approprié et plus spécialisé ; que d’autres ont besoin d’un renforcement professionnel ou d’un appui financier en vue de mener des Activités Génératrices de Revenue susceptibles de libérer leurs énergies et la peur de se prendre en charge. Il sera déterminant pour l’avenir des interventions déjà appréciées de PSK d’investir dans des programmes qui visent une évolution à trois niveaux successifs : 1. assistance médicale et nutritionnelle combinée pour la récupération des PVVIH malades ou grabataires ; 2. renforcement des capacités économiques des PVVIH récupérées ou présentant une situation stable du point de vue de leur santé ; 3. accompagnement psychologique et spirituel suivi en vue de pérenniser les acquis.

Il a été recommandé aux PVVIH de travailler durement les jours qui viennent à surmonter la plaie de l’auto stigmatisation et de l’auto dévaluation ; de faire très attention avec la consommation de l’alcool et de se faire accompagner en vue de sortir de la spirale des visites fréquentes auprès des hôpitaux.

Comme Israël pour l’arche de l’Alliance, nombreuses sont les PVVIH qui attendent le retour d’une assistance médicale qui a permis à beaucoup de résister aux infections opportunistes et aux maladies liées au VIH et de survivre à la mort précoce puisque « Personne ne doit plus mourir du VIH et du Sida chez nous ».

AMDG

Jean-Charles K. Kubanabantu,SJ

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